[Dossier] H.R.Giger et Alien

Cet article fait suite au dossier sur l’univers de la saga Alien dans le numéro 2 du webzine. L’article était centré sur l’univers et sur les films et les dérivés. Il y a beaucoup de choses à dire sur cet univers, mais une des plus grandes réussites de la saga est indéniablement la créature elle-même. Ce monstre est certainement le plus réussi et le plus effrayant du cinéma et on doit sa création à Hans Ruedi Giger, plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse mort le 12 mai 2014.

 

Necronom IV HR GIGER

Ce tableau de Giger datant de 1976 et appelé Necronom IV (dont on trouve une reproduction dans le livre illustré Necromicon hommage à Lovecraft) est à l’origine du futur xénomorphe. Giger avait commencé à travailler sur une adaptation de Dune par Alejandro Jodorowsky, où il avait travaillé sur le design des Harkonnen. Mais si cette adaptation ne vit pas le jour, elle permit néanmoins de faire connaitre le travail de Giger à Dan O’Bannon, le scénariste d’Alien. Ridley Scott, fasciné par le tableau de Giger, qu’il découvrit par hasard lors d’une visite à la rédaction du magazine Métal Hurlant, demanda à Giger de créer la créature, le vaisseau des Ingénieurs et son pilote. Le film obtiendra par la suite l’Oscar des effets spéciaux en 1980, saluant par là même le travail de Giger.

Même si la créature du film est différente de celle du tableau, on y retrouve plusieurs points communs à commencer par ce crâne allongé possédant un aspect assez phallique. Il est intéressant de noter que Ridley Scott avait trouvé que la créature du tableau présentait  » une certaine beauté et une attitude agressive et sexuellement vorace ». Cet aspect de la créature se retrouve également avec sa langue qu’il utilise souvent pour perforer le crane de ses victimes et dans sa longue queue acérée. Le système de reproduction de l’alien est aussi assez ambigu, dans la mesure où il introduit un parasite dans le corps d’un hôte, celui-ci mourant pour donner vie à l’alien. En gros, il vous pond sa descendance dans le ventre qui vous tuera à sa naissance. Le fait que ce soit une femme en la personne de Ellen Ripley qui tue la créature dans le premier film n’est pas innocent : Ripley caractérise la femme forte et indépendante face à un prédateur extérieur, dangereux et vorace qui en veut à son corps.

 

Le xénomorphe du film, contrairement à la créature du tableau, n’a pas d’yeux (cela la rend encore plus effrayante), mais on retrouve l’aspect biomécanique créé par Giger et qui mélange l’organique et la mécanique. Cet aspect se retrouve aussi dans le vaisseau des ingénieurs qui a une forme osseuse et arrondie. Sa structure est en acier et résine biologique lui donnant un aspect presque vivant. Ce caractère du vaisseau lui confère un côté menaçant dans la mesure où il parait presque vivant. D’ailleurs dans le journal de l’artiste suisse, on trouve des précisions sur le vaisseau:

« 18 mai 1978. Le travail sur le film avance à grands pas. La construction du vaisseau spatial est presque achevée. C’est un travail remarquable. Des maquettes du paysage et de l’entrée principale de la navette ont été réalisées par des gens peu coutumiers de mon travail. Je leur ai suggéré de se procurer des os et de monter le reste avec de la pâte à modeler. »
Toute l’esthétique du film est influencée par ce concept et la maquette du xénomorphe a été conçue avec de vrais ossements assemblés à de la plasticine sur des tuyaux et des pièces de moteur. Dans le premier film, on trouve au générique le nom d’un acteur qui incarnait l’alien en portant un costume en latex. C’est une des raisons qui fait que l’on voit peu dans le film ou souvent dans le noir et cela renforce encore plus son côté menaçant.

 

 

Les travaux de Giger laissent rarement indifférents et sont assez dérangeants, influencés par la mort, les ossements, avec des créatures torturées, le sexe est aussi très présent avec souvent un côté morbide. Les corps sont souvent déformés avec des parties de taille inhabituelle, le métal est très souvent présent. La peur est aussi présente dans ses œuvres, la peur de l’inconnu, de ce qui n’est pas de notre monde mélangée à la peur des autres également avec les caractéristiques humaines de ces créatures.

 

Pour le film, il a également créé le design du facehugger, le parasite qui saute au visage de son hôte afin de le féconder. Giger l’a dessiné en prenant : «l’idée d’une créature en forme de crustacé qui utiliserait sa grande queue en spirale pour bondir tel un diable de sa boîte.» d’après Dennis Fischer dans Un dictionnaire des réalisateurs de science-fiction.

 

La reine Alien fut introduite par James Cameron dans le second film mais ne fait pas partie de ce qu’avait imaginé l’artiste suisse qui n’a d’ailleurs pas été contacté par le réalisateur pour Aliens le retour. Dans la vision de Giger, la victime de l’alien se transforme petit à petit en cocon qui contiendra un facehugger. Le tout formant un cycle: le facehugger insémine une victime, ce qui donne un alien qui utilisera un autre humain pour le garder et le transformer en cocon. Dans la version longue du premier film, on voit d’ailleurs une scène où Dallas est entrain de se transformer en futur cocon. Cette vision explique pourquoi le xénomorphe chasse des victimes puisqu’il en a besoin dans son mode de reproduction. Elle est assez dérangeante mais correspond bien à l’univers de l’artiste suisse et semble plus conforme au mode de fonctionnement de la créature. Elle justifie aussi le fait que l’alien emmène ses proies avec lui puisqu’il en a besoin dans son mode de reproduction et pas juste pour les tuer gratuitement. La question du comportement agressif des aliens est d’ailleurs au centre des films, ils tuent par instinct de survie et agissent en tant que bête sauvage. Cependant les comportements des humains dans les films sont souvent pires que ceux des xénomorphes (la compagnie est prête à tout pour ramener les aliens et s’en servir comme arme) montrant ainsi que le mal réside dans les humains eux-mêmes. Les xénomorphes ne s’attaquent pas entre eux sauf dans le but de survivre contrairement à l’homme qui peut parfois s’attaquer à ses semblables pour toute sorte de raison.
La créature a évolué au fil des films, chaque réalisateur amenant sa touche personnelle. Cependant, Ridley Scott a de nouveau fait appel à H.R. Giger pour l’élaboration de Prometheus et dans Alien : Covenant on retrouve des dessins de l’artiste attribué au personnage de l’androïde (clin d’œil qui est une des meilleures scènes du film, au passage…).

Les caractéristiques physiques de l’alien le rendent très puissant: il est agile, rapide et très discret, son sang est un système de défense redoutable. Surtout, son aspect effraie ses proies qui restent pétrifiées à chaque fois qu’il se retrouve face à face avec un humain, un peu comme si leur sort était déjà scellé.

C’est de loin une des créatures les plus horribles et fascinantes du cinéma. On doit cette grande réussite à l’art de Giger qui a transmis ses peurs, ses fantasmes et ses cauchemars au xénomorphe qui les incarne à merveille.

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